La vie parisienne

La vie parisienne

49,00€
Réf. : La_vie_parisienne

Peri et Ray, agence de communication à Liège

Affiche créée par Peri pour l'ORW. Le graphiste a choisi de faire un clin d'œil en laissant apercevoir la tour Eiffel dans la robe longue de la jeune dame. La structure des collants de femme évoque la construction de la fameuse tour parisienne. Au chapitre des métaphores et autres figures de rhétorique, on remarquera que le corps du personnage est en quelque sorte rempli de rouge, c'est-à-dire de vin rouge. Evocation subliminale de l'ivresse qui caractérise les fêtes de la Vie parisienne. Cette affiche promeut un des nombreux spectacles donnés par la grande institution liégeoise de l'ORW. Elle a été distribuée et collée à des milliers d'exemplaires en Province de Liège et particulièrement dans la ville de Liège et de Verviers, lieux des 10 représentations.

Les techniques d'impression visent à l'économie de moyen en optant pour une impression en deux couleurs. L'impact visuel est néanmoins assuré par la couleur rouge bien visible sur le fond blanc.

A propos d'opérette

"S'il est un genre dont le Tout-Paris raffole sous le Second Empire, c'est bien l'opérette, remarquablement brillante et dont les airs entraînants passent de bouche en bouche jusque dans la plus lointaine province. Pour beaucoup, l'opérette, c'est Paris, c'est l'expression de la vie parisienne par son propre spectacle, par les à-côtés de la vie de ses "vedettes", par les scandales des fiances ou des mœurs, dont on s'indigne, avec envie... Le triomphe du genre est dû presque essentiellement à la collaboration de Meilhac et Halévy, pour le livret, et d'Offenbach, pour la musique, avec La Belle Hélène en 1864, La Vie parisienne en 1866, La Grande-Duchesse de Gérolstein en 1867... Toute l'Europe vient applaudir le libre jeu de chanteuses célèbres, comme Hortense Schneider, consacrée par les succès de l'année de l'exposition, en 1867" (Girard)

L'Exposition universelle, le dernier coup au passé : l'américanisation de la France, l'industrie primant l'art, la batteuse à vapeur rognant la place du tableau, les pots de chambre à couvert et les statues à l'air : en un mot la Fédération de la Matière.
Ed. et J. DE GONCOURT, Journal, 16 janv. 1867.

A propos d'expositions universelles

"Les expositions universelles offrent "l'image d'une société, qui procède par expérimentations et par analogies, plus que par déductions (comme le voudrait l'image chromo du positivisme contemporain)"(Aimone-Olmo)
"mise en scène de tout"
"absence de recul"
"machines faites pour informer"
"innovation n'est pas progrès"
"fêtes de l'uniformité bourgeoise"
"fonction rhétorique du nombre"
"enjeux politiques"
"chiffres comme instrument de persuasion"
"idée de continuité dans le progrès et des moyens de comparaison entre les expositions"
"Les Expositions universelles constituent sans aucun doute un des rares moyens capables de nous restituer, dans son ensemble, la société de la seconde moitié du dix-neuvième siècle"

A propos de Modernité

1867 : la vie parisienne, etc. Vie parisienne : meilleur opéra-bouffe d'Offenbach. Modernité : gare (cinéma), vitesse, boulevard ; talon et frou-frou. Café Anglais : symbole de la fête impériale, Second Empire.

La modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable.

BAUDELAIRE, les Curiosités esthétiques, Peintre vie mod., IV.

Henri Meilhac (1831-1897)

"Célèbre pour sa verve satirique spécialement orientée vers les défauts de la société du Second Empire, la pompe creuse du Grand opéra, les vices de la cour et de la politique de Napoléon III. L'esprit de ses livrets était assez fin pour faire oublier leurs arrière-plans corrosifs, et les victimes de ses attaques appréciaient son humour sans s'en suffoquer" (Rosenthal)

Jacques Offenbach et les expositions universelles

L'Exposition universelle, le dernier coup au passé : l'américanisation de la France, l'industrie primant l'art, la batteuse à vapeur rognant la place du tableau, les pots de chambre à couvert et les statues à l'air : en un mot la Fédération de la Matière.
Ed. et J. DE GONCOURT, Journal, 16 janv. 1867.

On le sait La Vie parisienne a été composée pour l'Exposition universelle de 1867. L'opportunité pour Offenbach de tendre à nouveau à la société du Second Empire un miroir dans lequel elle peut se contempler et rire d'elle-même. L'époque semble être à l'auto-dérision; ainsi que l'écrit David Rissin, "Jouir des avantages d'un régime et l'entendre moquer relevait d'un seul et même plaisir".

L'esprit d'Offenbach est tout à fait en phase avec l'esprit d'innovation et de changement qui anime les Expositions universelles. Déjà en 1855, alors que, découragé, il projetait de s'exiler aux États-Unis, il avait profité de l'organisation de l'exposition pour obtenir de l'État non seulement la création de son propre théâtre (Les Bouffes-Parisiens) sur le parcours emprunté par les visiteurs mais aussi pour proposer un nouveau type de divertissement "de nature, estimait-il, à plaire aux intelligences cultivées et à la masse des spectateurs". En fait de nouveau divertissement, Offenbach crée un nouveau genre lyrique, l'opéra-bouffe, héritier à la fois du théâtre populaire parisien, de l'opéra-comique et de l'opera-buffa italien. Il écrit au ministre- responsable : "Au moment où va s'ouvrir l'Exposition universelle, vous approuverez sans doute, monsieur le Ministre, le projet que j'expose sommairement et dont l'exécution offrirait aux innombrables étrangers qui afflueront alors à Paris un spectacle de bon goût là où n'existent aujourd'hui que des parades plus ou moins grossières."

Offenbach fait jouer ses relations, surtout journalistiques, et trouve les capitaux nécessaires. L'autorisation de l'État lui est accordée.; il dispose d'un mois pour construire son théâtre et monter un spectacle de sa propre composition !

Il est vrai que tout ce qui gravite autour d'une Exposition universelle peut se servir d'elle pour "promouvoir" un produit, une idée ou un système scientifique … Le public est énorme : plus de cinq millions de visiteurs en 1855.

Napoléon III a signé des traités de libre-échange avec l'Angleterre et les pays voisins, traités qui ont permis l'accroissement du commerce extérieur. Désormais, les nations ne cachent plus leurs innovations, au contraire, elles les exhibent dans les Expositions universelles. L'initiative venur de l'Angleterre. est imméditement suivie par la France.

En 1867, l'Empire de Napoléon III est triomphant : pour la première fois, le protectionnisme français laisse la place au libéralisme. L'Exposition est un succès encore plus marquant que celui de 1855 : près de 9.000.000 de visiteurs.

C'est une période de grand essor économique : progrès de l'agriculture, de l'industrie, de la banque, du commerce et des communications; importantes transformations urbaines; formation du capitalisme industriel et affirmation du libéralisme économique; organisation de la classe ouvrière et apparition de idéologiques nouvelles (réalisme, positivisme, socialisme).
Paris devient synonyme de plaisirs faciles. Parmi ceux-ci, l'opérette et l'opéra bouffe, représentés principalement par Meilhac et Halévy pour le livret, Offenbach pour la musique. Le monde entier, venu visiter l'Exposition universelle de 1867, peut applaudir Hortense Schneider dans La Vie parisienne.

La Vie parisienne

Les traits de cette "modernité Second-Empire" abondent dans La Vie parisienne. Nous sommes en pleine actualité. L'action du premier acte se déroule à la gare de l'Ouest, point d'arrivée presqu'obligé des touristes étrangers venus visiter la capitale. Offenbach souligne encore la "modernité" de l'endroit en nous faisant entendre un sifflement de locomotive. Le spectateur est ainsi plongé d'emblée dans un décor hautement représentatif du progrès et du dynamisme tant recherchés par la société bourgeoise du Second Empire.

Modernes aussi les chœurs formés tantôt par des employés de la gare de l'Ouest;, tantôt par des douaniers, tantôt par des garçons du Café Anglais. Signes des temps, le valet devenu cicérone au Grand-Hötel qui vient à peine d'être inauguré, le projet de Bobinet (le jeune bourgeois désargenté) de repeupler les salons du faubourg de Saint-Germain où les artistocrates s'étaient "retranchés", snobant les bourgeois parvenus qui avaient déplacé la vie mondaine vers leurs hôtels de la Rive Droite. Elle est là cette aristocratie dépitée, consciente du transfert de pouvoir qui s'opère au profit de la bourgeoise : la comtesse Roche-Trompette n'est-elle pas acculée à emprunter de l'argent à un jeune bourgeois parvenu : Bobinet.

Le message central de La Ve parisienne est-il démocratique comme l'ont écrit certains ? "En matière d'amour et d'argent, les uns ne valent pas mieux que les autres ?".

Moderne encore l'évocation du Boulevard avec le froufrou de la robe de la Parisienne et le toc-toc-toc de ses talons. Le restaurant à la mode où l'on organise le dîner n'est autre que le le Café Anglais, situé à deux pas de l'opéra, véritable symbole de la noce et de la Fête Impériale, avec son premier étage, le "grand seize" auquel fait allusion Métella. Il a détrôné le Café de Paris en vogue sous Louis-Philippe et sera détrôné par la Maison Dorée au début de la République.

Morceau de circonstance ? Modernité ? Universalité aussi car Paris symbolise tous les désirs et toutes les désillusions. le baron mystifié, ce n'est pas seulement le touriste dans le Paris de 1867 mais chacun de nous qui ne pouvons nous empêcher de rêver. C'est la comédie qui chez Offenbach nous ramène à la réalité.

"Une culture de la quotidienneté. La tradition vivait de continuité et de transcendance réelle. La modernité, ayant inauguré la rupture et le discontinu, s'est refermée sur un nouveau cycle. Elle a perdu l'impulsion idéologique de la raison et du progrès et se confond de plus en plus avec le jeu formel du changement. Même ses mythes se retournent contre elle (celui de la technique, jadis triomphal, est aujourd'hui lourd de menaces). Les idéaux, les valeurs humaines qu'elle s'était donnés lui échappent : elle se caractérise de plus en plus par la transcendance abstraite de tous les pouvoirs . La liberté y est formelle, le peuple y devient masse, la culture y devient mode. Après avoir été une dynamique du progrès, la modernité devient lentement un activisme du bien-être. Son mythe recouvre l'abstraction grandissante de la vie politique et sociale, sous laquelle elle se réduit peu à peu à n'être qu'une culture de la quotidienneté.

R.L.